Le groupe hollandais Altin Gün, a déjà prouvé avec deux albums de rock psychédélique qu’ils étaient les meilleurs à digérer les influences anatoliennes et turques et leur donner une touche de modernité, le plus souvent à l’aide de reprises. Les deux premiers albums On (en 2018), et Gece (en 2019), nous proposaient un mélange de funk turc traditionnel qui leur a permis de gagner un large public, convaincus par la qualité de leurs interprétations qui invitent irrésistiblement à la danse.

Comme beaucoup de groupes, la pandémie actuelle les a obligés à revoir leur démarche de composition pour leur nouvel album Yol et cela n’a visiblement pas freiné leur mo jo créatif.

Issus de démos qui s’enrichissaient à mesure qu’ils se les échangeaient à distance, les morceaux de ce nouvel album emmènent le son du groupe dans une nouvelle direction ; introduisant des synthétiseurs, des boîtes à rythmes, du field recording et des atmosphères futuristes de science-fiction. Cela peut sembler contraster avec les grooves organiques et entraînants de leurs oeuvres précédentes, mais le résultat les voit trouver leur propre périmètre, plutôt que de reproduire, même si ce fut de façon experte, des compositions existantes du répertoire turc. Les parties électroniques, proposées par la production et le savoir-faire du duo Asa Moto, propulse la musique d’Altin Gün dans une toute autre dimension.

Le superbe morceau d'ouverture "Ordunun Dereleri" est un moment fort d’entrée de jeu, comme si le film Drive se déroulait à Istanbul, avec des rythmes au ralenti, une basse synthétique et des atmosphères se marient à merveille avec le chant nostalgique d'Erdinç Ecevit. La chanteuse Merve Dasdemir emmène pour sa part le très eighties "Bulunur Mu" et le dancefloor de cette décennie est superbement mis à l’honneur sur le titre "Yüce Dağ Başında".

Les morceaux Hey Nari" et "Yekte" ont plus en commun avec leur facette rock psychédélique, avec des guitares dynamiques et des superpositions percussives, tandis que "Maçka Yollari" équilibre vintage et modernité sur un rythme disco addictif. Le son unique de l’harpe électronique Omnichord, très eighties lui ausi, participe à unifier d’un charme commun les morceaux "Arda Boylari", "Kara Toprak" et "Sevda Olmasaydi", tandis que le titre  "Esmerim Güzelim" qui ferme l’album, est décrit avec humour par le bassiste Jasper Verhulst comme une musique composée par "un professeur de musique turc de maternelle des années 80 jouant d’une boîte à rythme tr808".

Yol se révèle donc comme un album enthousiasmant,  formé de sonorités aussi modernes que psychédéliques qui transportent l'auditeur dans le meilleur compromis entre passé et futur et entre orient et occident.

https://altingun.bandcamp.com/album/yol

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